Association Florus Histoire et patrimoine de Flourens

2006 Veillée : Le pastel et Lancefoc

17 novembre 2006

Rue Pastel

Les terres de Flourens ont produit du pastel aux XVème et XVIème siècles.

La veillée du 17 novembre 2006, organisée par l'Association Florus, a permis d’évoquer cette période et la richesse produite par la culture et le commerce de cette plante dans le Lauragais. Richesse si grande que cette contrée a été appelée « le Pays de Cocagne ».

Le pastel est une plante d’où est tirée une teinture, ” le bleu pastel “. Elle appartient à la famille des crucifères : choux, radis, colza. Son nom latin est Isatis tinctoria. On pourrait prendre cette plante aux feuilles vertes et aux fleurs jaunes pour une mauvaise herbe. Mais pendant deux siècles, grâce à sa culture, le triangle Albi-Toulouse-Carcassonne a vécu un véritable âge d’or !

De 1450 à 1585, la région devient un immense champ de pastel en raison de la qualité du terrain et du climat : la plante résiste très bien à la sècheresse et au froid. Le savoir-faire de ses agriculteurs a également participé à cette réussite. A l'époque la plus faste, les surfaces cultivées ont atteint 60 000 hectares et 100 000 personnes travaillaient dans la filière.

Rue Lancefoc

Le traitement nécessitait 6 mois de manipulation. Les feuilles de pastel étaient d'abord broyées dans les meules particulières des moulins à pastel et macérées dans des fûts. Puis on constituait les fameuses “coques” qui, une fois séchées, étaient appelées « cocagnes ». Ces « cocagnes » étaient ensuite broyées et réduites en poudre dans les moulins à vent de la région. La poudre était enfin expédiée à Toulouse, où des chimistes préparaient « l’agranat », matière utilisée dans les cuves des teinturiers. Le pastel à l’époque ne permettait de teindre que les tissus de laine. Une fois par an, avait lieu à Toulouse la vente du pastel conditionné dans des sacs de 60 à 80 kg. On exportait de 40 000 à 60 000 tonnes de poudre dans toute l'Europe, via Bayonne, Bordeaux, Marseille, Londres, Anvers et Hambourg. Toulouse étant la plaque tournante de ce négoce. On estime le prix de la tonne entre 5 000 et 15 000 euros d’aujourd’hui.

Mais, catastrophe : au-milieu du XVIème siècle, l'Europe importe une nouvelle plante tinctoriale, l'indigo, cultivé à bas prix en Amérique du Sud et en Inde. Les feuilles et la tige de cette plante sont utilisées pour fabriquer une teinture qui présente un avantage sur le pastel : elle permet de teindre les tissus à base de cellulose, comme le chanvre, le lin et le coton. L'apparition de cette nouvelle teinture va faire disparaître la culture du pastel en Lauragais et, en conséquence, ruiner cultivateurs et commerçants.

Cette culture avait permis aux plus riches des commerçants de l'époque de prendre également le pouvoir politique en étant élus Capitouls. A retenir notamment une famille de marchands pasteliers, les frères Pierre et Simon de Lancefoc possédant des terres à Flourens.

Lien vers la présentation de Jean-Hugues Surlot : lancefoc

Que reste-t-il aujourd'hui de ces fortunes? Simon de Lancefoc achète vers 1523 une propriété sur la commune de Flourens. A ce jour, une partie de la bâtisse est habitée, les bois sont classés et le lieu-dit porte le nom de « Lancefoc ». Vers 1565, le même Simon de Lancefoc construit, dans le centre de Toulouse, un magnifique hôtel-palais de style Renaissance, l'Hôtel de Nupces. Classé monument historique depuis 1950, ce bâtiment abrite aujourd'hui appartements et bureaux, ainsi que l'institut Goethe.

Depuis 1994, la culture du pastel a repris dans le Gers, avec la fabrication d'une teinture « le bleu de Lectoure ».

Lien vers le site de Lectoure  Le pastel d’aujourd’hui.

Mais que sont devenues les richesses d'antan ?

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Le Pastel : Isatis tinctoria

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Moulin à pastel de Lautrec

 

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Feuilles broyées : les cocagnes

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Musée du Pastel à Magrin : séchoir